Indigène - extrait - (Mânes)

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Indigène - extrait - (Mânes)

Message par Martyn le Mar 10 Déc - 21:59

Le véritable titre n'est pas ce dernier et il ne s'agit que d'un petit extrait, d'une page environ alors que la nouvelle doit bien faire 22 ^^ Mais je n'ai rien posté depuis longtemps, rien commencé d'autre et à défaut d'avoir eu le temps de corriger ma romance, je vous livre un extrait de cette nouvelle. Que j'aime Rolling Eyes

INDIGENE
Encore mille et mille merci pour ce montage ^^

Le silence.

Tout était silencieux.

Rien ne bougeait.

Pieds ancrés, paupières closes, l'attente s'enlisait. La pâle lumière de la lune, un jaune délavé, éclairait à peine la plaine déserte. Silencieuse, celle-ci s'attardait sur les derniers instants de l'été.

Dégradé de couleurs délavées.

Une énième lune.

Une nouvelle lune.

Demain était un nouveau jour, se disait-elle en proie à ses propres démons.

À peine son visage se révélait-il alors dans ce paysage de clair-obscur. Accroupie, elle agrippait la terre comme dans une volonté de rester là, ses mains devenant serres, ses pieds racines. Elle attendait, comme on attend ait le réveil. Il suffisait d'attendre. Quoi qu'on n'en disait. De l'extérieur, elle paraissait apaisée, et pourtant tourmentée. Elle appartenait à cet univers.

Sa respiration s'élevait continuellement, une gorgée d'air frais se répandait dans ses poumons et ce qu'elle expirait s'envolait. Dans un cycle continuel. Dans une volonté de survivre. Elle imaginait à peine la vie autrement.  

Tout ici était ainsi si calme, trop, le pensait-elle alors. Intruse, elle le devenait. A mesure que ses pensées prenaient forme. Mais le vent lui-même lui semblait étranger. Le temps non plus ne semblait avoir un quelconque impact sur ce lieu béni. La nature vibrait mais sans changer. Elle s'entretenait dans son immobilité.

Elle ne pouvait pas rester immobile.

Humant les herbes folles qui ne pouvaient s'enfuir, elle apercevait au loin une ombre déguerpir. Un lent sourire naissait sur ses lèvres gercées tandis que l'animal fuyait. Les pupilles fixes, elle laissait cette pauvre proie s'échapper. De ses iris vides, elle attendait, indécise. Imperturbable même.

Elle ne se lassait pas de ces longues attentes.

Quand, se demandait-elle seulement. Un œil sur la lune, elle sentait son rayon agir sur sa peau nue. Bientôt, se répondait-elle ensuite. Encore un peu, rajoutait-elle. Sans prononcer un mot indigène. Rien ne l'attendait ailleurs qu'ici même. Elle avait le temps. Elle le pensait sincèrement.

Le temps de quoi ?

Peut-être que rien n'était arrivé finalement. Ou peut-être que si.

Ses souvenirs s'emmêlaient. Qu'avait-elle vécu déjà ? Elle ne s'en souvenait plus. Le temps lui échappait. Elle s'en échappait. Elle ne voulait plus se souvenir. Cela faisait mal. Et elle aimait la vie autant qu'elle la haïssait.

Elle entendait son cœur, dans sa poitrine, tentait de s'échapper. Elle modelait alors son rythme comme un musicien. En un instant, le calme s'étendait aussi sur son propre corps. Elle se fondait dans les ténèbres. Au moins pour un instant.

"Mani ?"

La voix perturbait le silence.

Une rafale l'informa. Il n'entendait rien à tout ce naturel.

D'un geste de la main, elle lui intima l'ordre de se taire. Ce lieu, le comprenait-elle était un havre de paix. Loin de la fureur humaine, loin de la pensée incommodante. Rien ne devait planer sur un tel lieu.

Rien.

Pas même elle.

Elle n'était pas naturelle.

Les animaux ignoraient cela, instinct de seule survie, et pourtant, dans l'intimité de cette nuit, ils la laissaient seule, la fuyaient, la contournaient. La laissaient seule, cette intruse qui portait de nom étranger. Cette intruse qui dominait. Cette intruse qui admirait.

Il n'était pas l'heure de la déranger.

La créature derrière elle n'était pourtant pas de cet avis. Elle sentit son hésitation, sa peur, son désir, un démêlé de sensation qu'elle n'arrivait plus à ressentir. Ni même à imaginer. Elle ne se demanda pas combien de temps. Peu lui importait. Le temps n'avait plus aucune incidence sur elle.

"Ma Dame, commença-t-il d'une voix douce d'où le respect transpirait."

Le titre se cognait dans son esprit. Ma Dame ... qu'elle aurait aimé le salir, ce titre. Mais le ton de sa voix lui rappelait aussi sa condition. Elle garda le silence avec un sourire amère, uniquement sensible à ce qui l'entourait. L'ignorant. Ignorant ce monde qui l'avait rejeté.

Une chouette hulula, elle sut l'origine du son, le suivit. Elle entendit les battements d'aile. La jalousa. Qu'il parte, pensait-elle en écho.

Qu'il parte, elle n'osait le murmurer. Seulement, il ne partait pas. Et elle, elle était très bien là où elle se trouvait. Loin de tout. Loin d'eux.

Loin d'elle...

"On vous attend."
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Re: Indigène - extrait - (Mânes)

Message par Martyn le Mar 10 Déc - 22:00

La suite du premier extrait. Il n'y a pas de "chapitre", juste une nouvelle complète alors ^^

******************


Une simple phrase qui la fit frémir imperceptiblement. Elle ne les attendait pas, elle.

Sans se soucier de ce qu'il souhaitait d'elle, sans se soucier de quoi que ce soit d'ailleurs, consciente seulement de ses propres désirs, elle se releva doucement, se mêla une dernière fois dans cette forme à la nuit. Un dernier regard au lapin, les oreilles hautes. Elle se promit de l'attraper, et commença à se dévêtir, un sourire en coin.

Finalement, elle allait peut-être se détendre.

Chemise et pantalon tombèrent à terre sans qu'elle ne s'en souciait. Le silence dominait. Tout comme ses choix. Elle ne laissait aucun regard diverger vers lui. Intrus. Elle, elle était la bienvenue.

Elle l'aurait aimé. Tout comme elle aimerait oublier. Tout recommencer. Encore.

Un craquement, elle tomba à terre. La lune la dardait de son regard fixe, elle sentait son pouvoir sur sa peau, sa façon de se mouvoir en elle, de jouer avec ses nerfs. Le vent lui offrit une note de répit. Une seule. La chaleur enflammait ses sens. Le clair-obscur de son idéal prenait vie en son sein.

Encore un instant, se disait-elle. Un instant. Seulement un instant.

La peau frémit, ses poils se soulevaient. La sensation, seule qu'elle connaissait, lui plaisait trop.

Encore ?, demandait-elle.

"Ce n'est pas le moment", murmurait encore la voix humaine.

Elle ne l'écouta pas. Elle attendait l'instant qui se présentait à elle.

Sentit ses nerfs, sa peau se modeler. Pour cette seule sensation, elle aurait souhaiter cette condition. Une minute à peine pour une éternité ... elle voyait cette ironie.

Elle aimait ce tourment.

Levant la truffe, elle le fixa. Ses pupilles animales entrevoyait ce qu'il était en réalité. Bestial était le mot qui lui revenait dans un langage typiquement humain. Animal lui renvoyait son deuxième moi. Mais sa pensée humaine s'amenuisait déjà. Son estomac grondait. Compagnon se disait-elle encore dans le langage de sa seconde nature. Elle lui sortit un jappement, entre amusement et ordre. Elle confirmait, mais la nuit ne faisait que commencer. Elle avait de longues heures devant elle. A elle, de décider ce qu'elle en ferait.

Par geste, il la comprit. Elle ne s'en soucia pas. Elle le voyait à ses pupilles qui exprimaient l'envie, à ses clignements toutes les secondes. Son odeur était enivrante. Envie de la suivre, envie de rester sous une forme plus simple.

Une envie qu'ils partageaient tous.

En famille.

Ensemble.

Avec elle.

Toujours.

Sans règle. Ou seulement les siennes. Aucun mot d'ordre.

Mais elle ne le voulait pas.

Elle ne le voulait plus.

Une patte sur sa truffe. Elle éternua. Son odorat se modifia. Il sentait l'homme. L'homme qu'elle abhorrait. Une fragrance écœurante à laquelle elle ne parvenait à s'habituer.

L'attente lui parait dans cette forme interminable. Elle n'avait qu'une envie, celle de courir, de fuir, d'aller où bon lui semblait. Humant les herbes aux senteurs éphémères, léchant une vieille cicatrice à jamais ancrée dans sa chair, elle désirait tant allonger ses pattes, se rouler dans la terre, ou tout simplement chasser.

Un plaisir qu'elle résorbait à peine.

Elle m'imagina sans nul doute qu'il rassemblerait ses affaires. Dans un geste de pudeur gardé à une époque datée. Un geste d'une telle futilité qu'elle n'en prenait plus la peine de s'en soucier. Elle aimait l'idée de ne posséder que ce corps qui la retenait. L'idée lui plaisait. Et ne l'abimait pas. Elle se sentait complète. Atténuée. Elle se sentait alors elle-même.

Il tenta d'amorcer un pas. Elle grogna. Elle n'avait pas besoin de ça. Il recula, il la craignit.

"Je vous attendrai. Ici".

Rien ne troubla ces mots qu'elle ne comprenait plus issues de ces lèvres trop humaines à qui elle jetait troublée un dernier regard. Ils étaient atones, vides de tout. Des sons que ses oreilles lupines ne distinguaient désormais plus. Ce furent ces mouvements qui l'informèrent. Elle devinait alors. Elle avait appris à deviner.  



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Re: Indigène - extrait - (Mânes)

Message par Martyn le Mar 10 Déc - 22:01

Dernier petit extrait avant un p'tit bout de temps ^^

****************



Sans attendre plus longtemps, elle courut rattraper la petite bête. Pour commencer.

Loin de la satisfaire, elle aimait débuter la soirée par ces jeux. Elle jappait de contentement. La sensation d'être enfin normale se répandait dans ses veines. Le plaisir, l'espoir, l'envie prenait à nouveau place dans son cœur.

Elle jouissait de cette minute de liberté. Elle entendait bien ne faire qu'un avec cette nature qui la tentait. Qui l'obnubilait sans cesse.

Elle s'élança plus vite.

Evitant de peu arbres et buissons qui ébouriffaient son pelage, elle sentait à peine quelques touffes arrachées. Le vent se cognait contre son visage, ses yeux luisaient. Elle se laissait aller, elle se sentait elle, entière. Elle s'abandonna totalement à cette condition, condition qui lui était propre.

Elle s'abandonna.

Et abandonna son identité.

"Louve" était le seul mot qu'elle comptait garder en tête.

Courant comme si sa vie en dépendait, elle s'échappait de cette entité nommé Mani. Elle s'échappait de cette prison de chair et de sang. Elle n'était plus que sensation. Traversée seulement par le besoin de se nourrir, de courir, elle sentait à nouveau la faim l'envahir.

Ses coussinets éraflaient les flans de la falaise, elle contournait monts et vallées, fuyant seulement la plaine.

La truffe au sol, elle inspirait longuement, ressentait dans le moindre de ses membres, dans tout son être les nombreuses fragrances. Bois et herbes mélangés. Une parmi elles détonna.

Eau pensait-elle.

Elle avait soif.

La langue pendante, elle n'attendait que ça.

Elle n'aspirait qu'à cela. Le plaisir surpassait ses instincts. Elle n'avait plus qu'une hâte, se jeter à l'eau. Au propre comme au figuré. Sentir son poitrail, sa fourrure s'imbibait de cet or si riche, ressentir le froid malgré son manteau qui s'épaississait à cette saison. Se laver de toute cette souillure de vie. Elle en salivait. Elle ralentit le pas, sentit les brindilles craquer sous son poids. Ses griffes s'enfonçaient dans la terre. A cet instant, son langage se limita à trois termes : meute, survie et plaisir.

Un bruit attira pourtant son attention.

Curieuse comme elle l'était, elle s'apprêtait à jeter un œil. Elle s'arrêta pourtant un instant, les oreilles aux aguets. Humant l'air malgré le vent contraire, elle ne détecta rien, aucun danger potentiel.

D'un pas prudent, elle avança.

Elle n'avait pas peur.

Les ténèbres cessèrent d'emporter les derniers rayons lumineux. Elle sentit à travers les cimes des arbres le soleil renaitre et avec lui, le bruit qui persistait. Et elle refusait de retourner sur ses traces.

Une patte après l'autre, elle se glissa. Le poitrail contre terre, elle souhaita surprendre.

"Tu as entendu ?"

La voix humaine se matérialisa. Devinant qu'elle attisait quelque chose, quelque chose qu'elle ne comprenait plus, elle sentit la peur certes ténue, légère naitre dans ces êtres qui dérangent sa quiétude.

Approchant encore, elle en aperçut deux.

Deux hommes.

Deux comme elle.

Elle les fixa de son regard miel.

Bientôt, elle les attraperai.

La peau fuit leur esprit avant qu'elle n'ait l'idée de les chasser. Ils savaient qu'elle était là. Avec eux. Près d'eux.

A défaut d'agir, de guerre lasse, elle se mordilla le coussinet, gênée par une épine qui ne se retirait pas.

"Sommes-nous encore loin ?"
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